Le 30 Novembre 2000,le Val de Loire a été inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
C’est un corridor de 260 Km qui va de Sully sur Loire à Chalonnes sur Loire ,il englobe 160 communes sur quatre départements ( Loiret,Loir et Cher ,Indre et Loire et Maine et Loire).Il inclut en plus le domaine de Chambord, le parc régional d’Anjou Touraine, les confluences avec le Cher ,Azay le Rideau,Chinon,le Château de Villandry, l’abbaye de Fontevraud ainsi que deux haut lieux de la Rablaisie : Seuilly et la Deviniére. C’est le deuxième paysage culturel français classé après le vignoble de Saint Emilion, en 1999.
Le girouet signalétique des Communes inscrites au Patrimoine de l’UNESCO
Pour marquer leur appartenance au site classé les 160 communes seront distinguées par la présence d’un girouet .Les girouets installés dans les communes sont fabriqués avec des matériaux traditionnels Ligériens : un socle d’ardoise et un socle en pierre de tuffeau.
Les girouets tirent leur noms des ‘’girouettes’’ qui se trouvaient au sommet des mats des bateaux traditionnels de Loire.La fonction principale de ces girouets étaient d’indiquer aux bateliers le sens du vent. Ils étaient déjà des supports signalétiques puisque gravés dans le bois et personnalisés par chaque batelier.
Celui de Bréhémont qui a été inauguré le 24 janvier 2007, comporte le symbole du chanvre, culture qui fit la richesse du village au 19 ième siècle et une ancre de marine de Loire, un symbole pour ce village ,dont les magnifiques quais ont vu passer tant de bateaux.
Les fours á Chanvre
Les traces les plus visibles de la culture du chanvre sur la commune de Bréhémont sont les fours á chanvre. Serge BROSSEAU président de l’association des Rouissons d’ Bréhémont en avait retrouvé, á une époque, environ120, il me disait récemment que maintenant c’est plus de 160 qu’il a répertorié.

Ils sont construits en général á l’écart des habitations pour limiter le risque d’incendie il est parfois commun á plusieurs familles.
Les fours les plus anciens sont les fours á pain. Ils pouvaient être de deux taille, le four normal puis le four dit ‘’four agrandit’’. Le premier ne pouvait contenir que 12 bottes de chanvre. On chauffait le four, retirait la braise et on enfournait le chanvre. C’était un travail long et surtout risqué, la moindre petite braise pouvait mettre le feu et tout était brûlé .Pour économiser le bois, le chanvre était parfois chauffé après la fournée de pain.
Nous avons vu dans l’article sur le chanvre que les broyeurs mécaniques sont apparus vers 1870.Les rendements étant augmentés, il fallu construire de nouveaux fours pour accroître leurs capacité. On a construit alors les fours de deuxième génération, en moellons ou en pierres de taille. Ces fours pouvaient contenir jusqu 80 fagots. Ils sont composés de deux parties. Une première semi enterrée qui comporte au centre une marmite á coke coiffée d’un couvercle. La partie supérieure est séparée de la partie basse par un plancher á claire voie (constitué de berlingues- lattes de 5cm espacées de 4 cm) qui laisse passer la chaleur. Le tout se termine par un toit plat souvent utilisé comme pigeonnier.
On a construit ensuite des fours de troisième génération .La raison principale est qu’il y avait des accidents avec les fours de deuxième génération. Des étincelles pouvaient mettre le feu au chanvre et se propager dans le plafond en torchis. Dans ces fours une voûte en pierre de taille remplace le plafond en torchis. L’ensemble est recouvert de tuiles ou d’ardoises. Certains ont des toits á quatre pans on les nommes’’ fours á tourettes‘’.
Quand ces fours étaient allumés, que le chanvre chauffait il se dégageait une odeur particulière, les gens d’Bréhémont disaient:‘’ça sent la braierie’’. La transformation du chanvre en filasse avait commencé.
Si vous passez dans notre village de Bréhémont
en observant chaque ferme vous reconnaîtrez ces petites
constructions qui sont les traces vivantes de la culture du
chanvre dans notre commune, culture qui fit la renommée
et la richesse du village. Certains de ces fours sont restaurés,
d’autres sont malheureusement á l’abandon .De grâce
préservons ces patrimoines qui font que les petits villages ne
meurent jamais.
Le Chanvre, son histoire, ses traditions.
Le chanvre: Plante textile qui porte le nom savant de ‘’dicotylédone dioïque ‘’ de la famille des Cannacées ou Maracées. L‘espèce qui fut cultivée dans nos régions est le Cannabis Sativa qui comporte plusieurs variétés. Le fruit du chanvre est le chennevis.
En Touraine et à Bréhémont
Déjà connue des gaulois la culture du chanvre a pris son essor dans notre région vers le milieu du 13 ieme siècle. En Indre et Loire, Bréhémont était il y a plusieurs décennies reconnue pour être la capitale du Chanvre. La renommée de Bréhémont et la qualité de son chanvre était telle qu’on découvrit en 1840 un trafic de faux certificats ’’ d’Origine Bréhémont’’ pour du chanvre provenant de la Sarthe.
En 1850 la surface cultivée en Touraine est de 4500ha. A cette date, la population de Bréhémont était de 1850 habitants et pratiquement la totalité de sa surface agricole était consacrée au chanvre (800 ha sur 1270 ha).Un chanvrier cultivait environ 1,5 ha on estime á 550 le nombre de chanvrier á cette époque et la production de chanvre de Bréhémont à 550 tonnes/an. En 1929 il ne reste plus que 200 ha de culture en Touraine , dont les 4/5 sur les communes de Bréhémont et Rigny-Ussé.
En 1966 la fermeture des Etablissements BESSONNEAU d’Angers dernier acheteur des productions de chanvre sonne le glas de cette culture. Le chanvre fut cultivé jusqu’en 1980 principalement pour l’industrie du papier.
Voici comment les petites graines de chènevis deviennent filasse pour fabriquer cordes et voiles pour les bateaux de Loire.
Du chènevis á la filasse: Le dur labeur des’’ bêcheux’’ de Bréhémont
1 .Le Bêchage
On avait surnommé bêcheux les paysans de Bréhémont car ils travaillaient leurs champs à la bêche ou louchet (‘ A Bréhémont on laisse le cheval á l’écurie, la vireuse sous le hangar et on travaille à la bêche ‘’ [Ardouin Dumayet 1898] ).Il faut 70 jours à un paysan pour préparer un arpent - 6666 m2 - de terre. « Au foires de Tours les semailles doivent être terminées », parole des gens de Bréhémont.
2. Les semailles
La graine du chanvre - le chènevis- est semé à partir de fin avril, si possible dans le décours de la Lune. Les semis se font soit à la volée soit en ligne. Suivant les conditions climatiques le chanvre lève entre 4 et 10 jours.
3. La récolte des brins et de la graine
S’il a fait beau, chaud et humide, la graine a germé en 4 jours. Trois mois plus tard l’on peut se préparer à la récolte. Avant il a fallu combattre les oiseaux qui raffolent des pousses de chanvre. A maturité le brin de chanvre atteint 1,60m á 2 m.
La première phase est l’arrachage.Dans les champs poussent deux sortes de brins, le mâle porteur de fleurs et le femelle porteur de graine. On arrache d’abord les brins mâles puis les femelles. Cette opération s’appelle l’éfumelage - séparation des brins mâles et femelles.Le chanvre est arraché á la main jusqu’en 1940 environ ,après les faucheuses firent leur apparition,ce qui fit gagner du temps aux paysans et soulagea leur dur labeur .Mais l’éfumelage n’était plus possible.En fait l’éfumelage avait pour but de récupérer la graine sur les brins femelles (Les paysans se procurèrent la graine ailleurs).Pour récupérer ces graines on passait chaque brin dans un errussoir ,le paysan récupère la mousse ,qui ensuite est battue puis passée dans un moulin á vent pour débarrasser les graines de toutes impuretés.
4. Le rouissage.
Son but est de faire fermenter la plante afin de décomposer les matières qui collent les fibres entre elles. Le chanvre est rassemblé en bottes puis immergé dans des routoirs.Il y avait a Bréhémont trois façons d’assembler ces bottes de chanvre pour les faire rouir:
L’échaillot; les bottes sont disposées en quinconce sur un cadre de bois (Paysans de l’Ouest de Bréhémont).
Le baillage ; sorte de pyramide tronquée, les fagots sont assemblés par des cordes. (Paysans du centre de Bréhémont).
La roue; sorte de cône tronqué, les bottes entrelacées tiennent toutes seules (Paysans de l’Est de Bréhémont).
Ces échaillots, baillages et roues étaient alors recouverts de pierres et immergés dans l’eau. Ils restaient ainsi 6 á 11 jours suivant le climat du moment.Pour bien rouir le chanvre doit être immergé dans une eau courante mais calme.On utilisait généralement les petits bras de l’Indre appelés les rouissons.( Les gens de Bréhémont on repris ce nom pour leur association’’ Les Rouissons d’Bréhémont’’ association qui fait revivre cette tradition tous les ans lors de leur fête du 15 août).Le rouissage donna lieu á des conflits entre les pecheux (pêcheurs) et les becheux.Les premiers accusaient les seconds d’empoisonner leur poisson.
5. Le séchage.Au terme d’une dizaine de jour, est venu le temps de retirer le chanvre de l’eau. Ce travail était pénible, car l’automne était arrivé, l’eau était froide et les fagots très lourds.Une fois que les fagots sont retirés de l’eau, on les égouttes (1 journée) puis on délie les bottes et on étale le chanvre sur les champs de chaume.Le chanvre sera retourné une fois, á l’aide de grande perches, pour parfaire le séchage. Le chanvre est ensuite remis en fagots. Bientôt viendra le temps du broyage pour extraire la filasse.
6. Le broyage.
Avant d’être broyer le chanvre doit être préalablement chauffé pendant 15 heures á 70C dans un four. ( Nous consacrerons prochainement un article spécial aux fours á chanvre).
Jusqu'à la fin 1870 le chanvre était broyé á la main á l’aide d’une braie, avant l’apparition des broyeurs mécaniques.
Le premier broyeur mécanique était entraîné par un manège lui-même actionné par un cheval. Plus tard les broyeurs furent équipés de moteurs. Les premiers broyeurs sont composés de deux rangées de trois rouleaux dentelés. Ils seront améliorés en ajoutant une quatrième rangée de rouleaux et en faisant tourner moins vite les rouleaux de l’arrière pour ne pas casser la filasse.A la sortie des rouleaux la filasse est secouée pour être débarrassée des éguertes (résidu de du broyage) puis posée sur un chevalet.
L’opération de broyage était longue et se déroulait la nuit.On chauffait le chanvre le jour et on broyait la nuit, á partir de 2h du matin.Toute la famille participe, les hommes les femmes et les enfants.
7. Le teillage, le lissage.
L’opération de teillage est l’opération qui consiste en la secouant á enlever toutes les éguertes de la filasse. La finition du travail se fait au peigne fin. Cette opération est restée manuelle jusqu'à la fin du 19 ieme siècle. Puis apparurent les lisseurs ou lissoirs.
Cet instrument est composé d’un tambour métallique tronconique, muni de battes. Ce tambour tourne vite devant une batte fixe positionnée parallèlement à l’axe du tambour. La filasse est introduite dans l’espace le plus large entre le tambour et la batte fixe, puis déplacée vers la partie la plus étroite dans un geste de bas en haut .Une finition au peigne parfait le travail.
8. L’emballagePar poignée de 1kg environ la filasse est peignée avec un petit peigne métallique. Ensuite cette poignée est tordue et repliée á l’aide d’un crochet á torchonner. Elle devient alors torchon- les paysans de Bréhémont les appelaient poupées.
Les torchons sont assemblés par 25 pour former une balle provisoire, puis ils sont placés dans une presse á chanvre pour former des balles de 25kg et sont ficelés, puis les balles sont expédiées.
Le paysan a presque terminé son travail, il ne lui reste plus qu’à aller vendre son chanvre, en espérant en tirer le meilleur prix. Le chanvre était vendu á des mandataires qui agissaient des commanditaires, généralement des industriels.
Source principale : ‘’ Le chanvre en l’Isle de Bréhémont’’ plaquette publiée par les Amoureux du vieux Langeais.
Le jeu de '' Boule de fort ''
La tradition et les différentes littératures fixent l’origine de ce jeu au milieu du 16ième siècle,au cœur du pays de l’Authion sur la rive droite de la Loire.On raconte que les mariniers auraient inventé ce jeu en jouant à la boule dans le fond de leurs bateaux,la forme incurvée de l’aire de jeu accréditant cette hypothèse,mais les membrures du bateau et le mat placé au milieu rendre peu crédible cette version.Plus vraisemblable ,ce jeu, aurait été inventé par les prisonniers affectés à la construction des levées de la Loire,en jouant aux boules avec leurs boulets,puis avec les billes de bois en cormier provenant des roulements à billes en bois utilisés dans les moulins à vent. Entre 1715 et 1719 on comptait 200 moulins à vent dans le Maine et Loire, entre la Ménitré et Saint Saturnin sur Loire.
Le Jeu
Il mesure 22 mètres de long sur sur 6 mètres de large.Il est en forme de gouttière aplatie en son milieu.Il est délimité dans la longueur par deux madriers posés sur champ (la planche) pour arrêter la boule.Jusqu’au 19ième siècle on jouait sur un jeu en terre sablo- argileuse soumis aux intempéries il se dégradait rapidement.Les jeux furent couvert à partir du début du 20ième siècle maintenant ils sont réalisés en en matière synthétique.,le port des pantoufles est devenu obligatoire.
La boule
A l’origine fabriquée en bois de cormier,on lui rajouta un cerclage vers 1850,depuis le milieu du 20ième siècle la majorité des boules sont fabriquées en matière plastique.La boule mesure 126mm de diamètre et 100mm d’épaisseur.Son poids est compris entre 1,2kg et 1,350kg.Elle présente un côté chargé d’une petite masse de plomb ,le coté ‘’fort’’,et un coté légèrement évidé,le coté ‘’faible’’.
Les règles
Les règles et le décompte des points sont très voisin de ceux de la pétanque.Il faut s’approcher le plus prés possible du maître. Les parties se jouent en 10, 11, ou 13 points. Elles peuvent opposer deux joueurs entre eux ou deux équipes généralement composées de 2 joueurs.parmi les joueurs on distingue :
Le rouleur : il est chargé de s’approcher le plus prés possible du maître.Il peut jouer dans l’axe du jeu ou utiliser les pentes pour obtenir une trajectoire en lacet pour éviter les boules adverses.
Le tireur, lui est chargé d’enlever les boules adverses.Il se place en général sur le bord du jeu, le coté fort du coté de la pente.Il doit donner toute la puissance de son bras pour atteindre le but et doit pas jeter la boule pour ne pas endommager le jeu.
La jeu de boule de fort s’apparente plus à un art de vivre qu’à un sport.L’amitié entre les boulistes est exemplaire.On rentre souvent dans les sociétés par parrainage.
Dans notre village de Bréhémont il existe depuis de nombreuses années une Société des Amis de La Boule, présidée par Mr Rémy BARRIER.Si vous voulez mieux connaître l’art du jeu de la Boule de Fort, contacter le, il sera heureux de vous faire découvrir ce jeu traditionnel très répandu en Touraine et surtout en Anjou.
La pêche professionnelle en Touraine au 19ième siècle
Si Bréhémont a été le centre de la culture du chanvre en Touraine ,le village est également connu pour ses pécheurs et la richesse en poissons au niveau de la commune.Au 19ième siècle on trouvait de nombreuses espèces de poissons dans la Loire (perche,flet,plie,lote,goujon ,carpe,aloses ,brochet,anguille saumon …)
Le droit d’exercer la pêche professionnelle en Loire appartenait à l’état seul la pêche avec une ligne flottante était libre. L’état exerçait ses droits par adjudication. En 1892 on dénombrait douze zones de pêche en Touraine d’une longueur comprise entre 3,5Km et 13,7 Km répartit entre douzes fermiers qui résidaient à Mosnes, Négron, Fondettes, La chapelle aux Naux, Bréhémont., La Chapelle sur Loire, Chouzé sur Loire. Les statistiques de pêche de cette année là donnaient les résultats suivants: 926 Saumons, 6098 Aloses, 8145 Anguilles, 246 Lamproies, 499 Plies et Flets, et 33845 autres poissons.Mais ces statistiques ne prennent en compte que les poissons vendus sur les marchés de Touraine .La réalité est que les pêches étaient beaucoup plus fructueuses en effet une partie des poissons étaient conservés dans des viviers et vendus directement par les épouses des pécheurs.
Un grand nombre d’engins traditionnels, correspondaient à de multiples méthodes de pêche.On peut les classer ainsi :
-Filets fixes (filet barrage, verveux ou foudraie…)
-Filets mobiles (épervier, carrelet …)
-Autres engins (nasse, mue, foëne …)
Pêche au filet-barrage :
La technique de cette pêche est surtout employée pour la pêche du saumon et de l’alose.Pour pécher on établissait un barrage à l’aide d’un filet et de piquets solidement ancré dans le lit du fleuve.A l'extrémité de ce barrage infranchissable on installait un carrelet relié à un contre poids,manœuvré par des hommes installés dans une cabane sur leur bateau.De nombreux fils (billette ) reliés au carrelet aboutissaient dans la main du pécheur Les poissons qui remontaient le courant heurtaient ces fils ,le pécheur qui ressentait alors des vibrations n’avait plus qu’à actionner le système ( treuil ) qui remontait le carrelet, le poisson était pris au piége.
Deux pécheurs professionnels exerçaient entre autre ce genre de pêche à Bréhémont. Le dernier Raymond GIRAUD a pris sa retraite en 1989. Son bateau cabane existe encore .Il a été racheté par Dominique CHAUVREAU un amoureux de Loire qui n’a pas voulu qu’une partie de l’histoire de Bréhémont disparaisse. Si vous passez à Bréhémont vous ne pouvez pas rater ce bateau ancré sur le port de Bréhémont..Et si par chance Dominique est sur son bateau aller le voir il est intarissable sur des histoires de Loire et de pêches ancestrales.


